Extraits de textes

 

 

 

Pourquoi j’ai peint avec obstination mes chaussures et celles de quelques autres.

                                                                                    Martine Drai

                                                          (publié en avril 09, revue en ligne www.remue.net)

 

 

Encore neuves, avant que je les porte, mes boots lie-de-vin étaient identiques en tous points aux boots lie-de-vin de milliers de femmes qui les ont achetées à la même époque que moi.  Usées, elles le sont moins. Usées elles en diffèrent par quelques points - comme, par exemple, cette érosion particulière de la semelle, à l’arrière, sur le côté externe, parce que je marche un peu en dehors, ce que j’ai gardé de mes longues années de danse – mais il va de soi qu’une autre femme qui aurait gardé de la même pratique le même défaut et aurait acheté ce modèle de boots lie-de-vin à la même époque que moi, ne les verrait pas pour autant érodées de la même manière, attendu qu’elle ne pèserait pas le même poids que moi, ou/et produirait au mètre plus ou moins de pas selon sa taille et son rythme intérieur, ou/et les aurait beaucoup moins portées, ou beaucoup plus, ou seulement un peu, un peu moins, un peu plus… etc. Et il en va ainsi pour chacune des paires de chaussures que j’ai peintes. Elles se distinguent, après usage, de toutes leurs semblables. Ce qui devrait proposer aux yeux de tous, puis au cœur et à la pensée de tous, des considérations, voyages et digressions très singuliers, puisqu’à chaque être humain sur la terre se trouve donné son cheminement particulier… Autrement dit : voilà comment, par ces chaussures fabriquées en série par tout un peuple d’ouvriers anonymes, et par moi peintes ressemblantes, délibérément ressemblantes, c’est-à-dire immédiatement reconnaissables par tout un autre peuple de consommateurs anonymes – voilà comment j’ai espéré rappeler la force du singulier – car, j’y reviens et précise : mes boots lie-de-vin, mes tongs vert pâle, mes ballerines-savates noires, mes bottillons coquille d’œuf, mes escarpins noirs à talons aiguilles, mes chaussures noires à brides et petits talons, mes tennis gazelle noir et rose, mes bottillons rouge brique, mes sandales en cuir naturel, diffèrent radicalement, après usage et usure plus ou moins longs, des boots lie-de-vin, des tongs vert pâle, des ballerines-savates noires, des bottillons coquille d’oeuf, des escarpins noirs à talons aiguilles, des chaussures noires à brides et petits talons, des tennis gazelle noir et rose, des bottillons rouge brique, des sandales en cuir naturel, même modèle, de tout autre que moi… De même qu’après usage les espadrilles blanches de Jean-Luc diffèrent des espadrilles blanches, même modèle, de tout autre que lui, les mules à fleurs vernissées de Christine des mules à fleurs vernissées, même modèle, de tout autre qu’elle, les souliers bruns d’Eric des souliers bruns, même modèle, de tout autre que lui, les afghanes de Dominique des afghanes, même modèle, les importables orange à très hauts talons compensés de ma sœur Sophie des importables orange à très hauts talons compensés, même modèle, de tout autre qu’elle, bon, bien, j’abrège, vous m’avez comprise… Et chacune de ces paires ayant, pour la peinture, adopté une pose différente, elles sont là pour évoquer, au-delà d’elles, à l’infini, le millier, le million ou les quelques millions d’objets fabriqués en série, donc identiques à l’origine, mais par l’usage et l’usure rendus singuliers et uniques, partant rendus chers et précieux – et soit dit en passant, comme je ne suis pas une sainte, je souhaite également que ces petites toiles se vendent, après tout, au mieux, et même mieux que ça, et… Bon, bien, j’arrête, vous m’avez comprise…  

Mais au-delà encore de cette mienne concupiscence, et même au-delà de cet hommage pur – car l’hommage pur précède, au meilleur des cas,  l’intrusion sauvage de l’humaine concupiscence –  je reprends : au-delà encore de cet hommage pur au travail de l’usure, il y a que j’aime les chaussures. Et particulièrement celles que je ne connais pas. Je veux dire celles que je vois aux pieds de gens que je connais pas, ou si peu, comme je vois les vôtres à vos pieds en ce moment, oui, lecteurs, je peux voir vos pieds, et comme je peux je ne me gêne pas, je les vois et je m’en délecte… Vos pieds et vos chaussures sont des indices… Mais je resterai discrète, n’ayez crainte, je me tiendrai d’abord aux généralités.

Allons-y.

Quoi qu’il en soit de ce que je vois de vous par vos pieds, quoi qu’il en soit de ce que par vos pieds vous montrez ou cachez, vos chaussures comme les miennes contiennent les kilomètres parcourus - d’abord les déplacements de chez vous à votre ou vos lieux de travail - évidemment d’abord puisque c’est, au fond, ce qui nous fait bouger le plus régulièrement, la recherche de la pitance, mais heureusement pour nous ce n’est pas tout, et vos chaussures contiennent d’autre part les déplacements qui vous ont conduit à votre ou vos amours… Oui, je suis bien consciente de ce que je révèle de moi en prenant les choses dans cet ordre, mais passons, pas moyen de faire autrement, je me mettrai encore un peu à nu en parlant de vos chaussures et des miennes, vous vous en sentirez moins seul, c’est ce que vous cherchez puisque vous êtes là, quel que soit ce « là », que ce « là » signifie l’espace où vous vous tenez pour me lire, en silence et paupières baissées, ou de ce regard fixe et frontal dédié à l’écran, ou que ce « là » indique telle assemblée que vous avez rejointe, où m’écoutent, en toussant le moins possible, un certain nombre de personnes consentantes, bref, quoi qu’il en soit de ce là où nous nous rejoignons, j’en étais aux kilomètres effectués par vos chaussures, et plus précisément aux déplacements vers votre ou vos amours. Ceci pour le cas où vous ne vivez pas au même endroit que lui ou elle ou qu’eux ou elles… Et ici j’arrive tout naturellement à la partie de mon intervention qui s’adresse en particulier aux célibataires… Les autres peuvent dormir en attendant, prévoyez une minute de sommeil, ce sera toujours ça de pris...

Aux célibataires et autres esseulés qui m’écoutent toujours, je conseille vivement, pour les moments de vacuité pénible, l’exercice suivant : Vous installez face à vous, sur un tabouret ou un siège, enfin vraiment comme pour un tête à tête, telles de vos paires de chaussures très usées - il faut de la chaussure vraiment usée, j’y insiste, de la chaussure qui se compte plus d’un hiver, plus d’un été, plus d’un printemps, plus d’un automne, j’abrège : plus de quatre saisons au total. Donc, une fois que vous y êtes, là, face à elles, les très usées, vous y allez, vous comptez. Avec méthode et précision. Concentré au maximum,  vous comptez. Combien de rendez-vous, et quelle distance pour vous y rendre, chaussé de ces chaussures-là… Quand vous serez parvenu au nombre du total, vous éprouverez que ces chaussures vous sont de vraies compagnes, et que, somme toute, vous n’êtes pas si seul… Alors vous les rangerez tendrement dans votre placard, bien décidé à leur offrir quatre saisons de plus, en attendant l’âme sœur, qui, les voyant si vieilles, vous conseillera de les jeter. Ce que vous ferez peut-être sans regret, ingrat, ingrate que vous êtes... Mais aussi peut-être que vous ne le ferez pas. Que vous ne le ferez jamais. Il y a de ces compagnes qu’on ne peut jamais exclure, si forte soit parfois la haine du conjoint… Elles sont les gardiennes du long secret de solitude, on ne  peut rien contre ce qu’elles savent.

Rien.

Non, rien…

Passons….

Décidément oui, passons, venons-en à moins grave - encore que très sérieux : il y a le divertissement. Vos chaussures vous ont porté vers vos divertissements, ou vers certains lieux dont vous étiez en droit d’attendre le divertissement, ou d’attendre une rencontre, ou/et une surprise d’un genre nouveau, d’un genre absolument indéfinissable, et c’était, alors, ce qui était bon, l’attente et l’espoir de l’indéfinissable - rarement couronné de succès, d’ailleurs, puisqu’en général la rencontre effective vous met devant l’obligation de définir, mais la non-rencontre, ah ! la non-rencontre, oui !... La non-rencontre vous laisse le souvenir bien chaud de l’indéfinissable, et la voûte plantaire l’enregistre et la transmet à la chaussure, qui ne l’oublie jamais. Jamais. Quand bien même vous, de toutes vos forces vives, pour une raison ou une autre, vous  aspireriez définitivement au définissable, vos chaussures, dans leur vieillissement, tendent vers l’informe et pour toujours vous rappellent ce qui vous échappe, de votre passé comme de votre avenir. C’est peut-être en partie la raison pour laquelle vous finirez par les jeter, mais pour le moment elles sont là. Elles ont contenu vos suées, des suées prévisibles et des imprévisibles, ces dernières parfois traîtresses et intempestives,  liées à la fatigue ou à la peur ou à l’angoisse ou à l’attente, ou à l’espoir, encore lui, oui, la chaussure en général a beaucoup, beaucoup à voir avec l’espoir - c’est pourquoi personnellement je les aime comme je les ai peintes, usées, très usées, beaucoup d’usure signifiant beaucoup d’espoir, beaucoup d’élans, beaucoup de kilomètres…

 

Et maintenant  je vous considère, vous qui me lisez, ou qui m’écoutez, et je vous vois tels que vous êtes, et j’ai à vous informer de ceci : que vous le vouliez ou non, vous m’apparaissez divisés.

En trois groupes ou genres.

Ceux qui se chaussent trop étroit, ceux qui se chaussent trop large, et ceux – et n’allez pas croire qu’ils représentent la majorité ! – ceux, donc, qui se chaussent juste.

Je chanterai les trois genres, égalitairement.   

Si vous êtes du genre à vous chausser étroit, un peu trop étroit – je précise bien : un peu, car ce n’est jamais beaucoup, c’est toujours de l’ordre du peu, parfois du très peu, mais très peu trop étroit n’est pas si près que ça du juste, très peu trop étroit suffit amplement… Enfin, vous savez bien… Et vos chaussures vous ont toujours été, et à jamais vous demeureront, la source d’un intarissable questionnement… Car vous n’avez jamais pu cesser de vous demander pour quelle raison exactement, depuis le temps que vous vous chaussez, vous continuez à vous chausser trop étroit, juste un peu trop,  juste assez pour vous empoisonner la vie… Et comme vous n’êtes pas sans savoir que la chaussure a quelque chose à voir avec la chose sexuelle, vous êtes depuis toujours doublement empoisonné par vos chaussures : empoisonné physiquement et empoisonné mentalement… Vos chaussures vous reprochent, je dirai, comme on dit en Provence d’un met qui ne passe pas : Cette brandade, mon dieu, elle était bonne, oh oui qu’elle était bonne... Mais elle me reproche, elle me reproche !… Et je le savais, pourtant, je le savais bien, que je ne devais pas… !…

Vous de même. Aux chaussures un peu trop étroites vous ne savez pas résister.

Vous avez en revanche parfaitement réussi, depuis le temps que ça dure, à éviter soigneusement d’évoquer ce problème devant votre psychanalyste. Si je peux me permettre une opinion personnelle, et bien que nous ne nous connaissions qu’à peine, je crois que vous avez eu raison. Car quel aurait été le bénéfice de la résolution de ce problème ?... Et qu’est-ce que le psychanalyste peut comprendre de la stricte nécessité de garder vif, toute sa vie durant, le problème bénin, certes, mais producteur de douleurs assurées, de la chaussure trop étroite ?

Il arrive d’ailleurs que vous lui réserviez la primeur de ces chaussures trop étroites… Si, ne prétendez pas le contraire, je le sais, je vous ai vu. A peine les avez-vous acquises, les trop étroites, que vous vous proposez, pour les étrenner, un jour précis. Et ce jour précis, c’est justement le mardi, qui est celui de votre séance, à laquelle vous vous rendez parfois à pied, mais toujours, mais systématiquement en cas de chaussures neuves... Alors, la peau de la plante des pieds vous cuit quand vous vous allongez… Et vous le cachez à votre psychanalyste… Vous dites ce jour-là mille et une choses, mais vous cachez ceci… Et vous ne l’oubliez pas… Car le pied échauffé, dès qu’on l’arrête, s’échauffe plus. Il réclame à grands cris, si je puis dire, de se retirer du soulier. Mais vous êtes là, allongé, et continuez à parler, comme si de rien n’était, de ces mille maux qui font la manne de ces séances où nous cherchons le grand pardon… Donc, en un mot comme en cent : vous mentez par omission. Et c’est une grande liberté. C’est la seule que vous vous accordiez, au fond, devant votre psychanalyste. Cette douleur du pied cuisant que vous taisez. Voilà pourquoi, peut-être, vous y tenez, à vos chaussures trop étroites…

Pardon. Je ne l’ai pas fait exprès. Je ne voulais pas vous enfermer dans une explication, non, vraiment, ça m’a échappé, je vous promets de me surveiller à l’avenir…

Remarquez : je vous ouvre une porte, avec mon explication. Et même certainement plusieurs. Peut-être même beaucoup. Je vous ai fourni une explication possible. A vous maintenant de la réfuter. L’exercice de la réfutation peut mener loin, vous savez, c’est même une tradition pluriséculaire, l’exercice de la réfutation peut ouvrir toutes sortes de combinatoires… Il ne tiendra qu’à vous de les traquer et de les débusquer, toutes, jusqu’à la dernière, si tant est que cette dernière s’atteigne jamais…

(à suivre…)

 

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 Celle qui avait mal à son ombre - récit

(editions Le Bruit des Autres, 2007)

Je viens d'un autre temps, ne craignez rien, je ne vous ferai pas de mal, je n'ai pas le pouvoir de me séparer de cet arbre... J'ai seulement besoin de vous parler...

Cet arbre est très ancien… À l’époque où je l’ai découvert on le disait déjà deux fois centenaire… Longtemps avant que vos yeux me découvrent je vous ai vue vous mettre en route vers la berge et j’ai su à votre visage que vous pouviez m’entendre et ne pas m’oublier.

Je vis d’une autre vie que la vôtre – ne cherchez pas à me voir davantage. Vous ne me verrez jamais de face, ne cherchez pas à m’approcher, si vous m’approchez je disparaîtrai.

Je sais, vous ne m'entendez qu'à peine - mais vous verrez que ce sera suffisant.  [...]

Vous n'êtes pas la première, depuis que ce parc est ouvert j'apparais de temps à autre à ceux qui le méritent. Vous le méritez à cause de vos yeux vagues, vous êtes aujourd'hui désertée ou rêveuse, disponible, vous êtes comme il faut pour retenir ma vie... Ceux qui viennent rêver sur les berges ont plus de mémoire que les autres...

 Tôt ce matin j'ai vu le bleu du ciel, je l'ai vu avant vous. Et puis je vous ai vue vous mettre en marche vers le fleuve...

Le jour de mon crime le ciel était très bleu aussi mais il ne faisait pas froid - je sais encore ce qu'est le froid. Vous avez eu très froid ce matin, moins maintenant...

Mes larmes ne coulaient pas, j'aurais voulu pleurer après avoir tué, personne n'a jamais su combien de larmes je gardais, cet arbre m'a comprise, mais personne parmi les hommes.

Peut-être qu'à chaque être humain sur la terre se trouve donnée au commencement une ration de larmes, c'est tant et pas plus, et si vous l'épuisez trop tôt tant pis pour vous, il n'en reste plus, débrouillez-vous...

Ils ont prétendu que j'étais folle pour m'éviter le châtiment de la justice, il n'était pas difficile de le prétendre, il y avait depuis mon enfance cette particularité qui était la mienne, mes parents avaient usé de leurs moyens pour me préserver du dehors, je vivais dans une prison confortable, j'étouffais, je me croyais condamnée à étouffer longtemps, vivre longtemps, avec toujours le souvenir de cette brûlure, touours la peur, la patience, la fatigue de calculer... Je me croyais condamnée jusqu'à la vieillesse... Mais il y a eu cet arbre, et ilm'a exaucée.

S'il ne m'avait pas accueillie j'aurais maintenant votre âge - à peu près.

Vous devriez vous remettre à regarder l'eau, au lieu de chercher à me voir mieux... Vous vous fatiguez inutilement...

...

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Le coeur n'est pas moderne - comédie-tango

(éditions le Bruit des Autres, 2005)

séquence 12 - suite du monologue du clou

Homme - Elle est assise depuis dix minutes, ça fait dix minutes que tu manques de courage, c’est beaucoup, c’est trop, c’est neuf de trop, allez, courage, vieux, tu te lèves, tu vas t’asseoir à côté d’elle et tu vides ton sac. Je ne vous invite pas à danser, Mademoiselle, non, et je ne vous inviterai pas, et c’est à cause de ce clou dans votre lèvre inférieure, parce que ce clou, qui est d’une longueur anormale exagérée, parce que ce clou, ne me dites pas que vous n’en êtes pas consciente, ce serait malhonnête, ce clou je l’imagine frottant mon pectoral, car vous n’êtes pas très grande, votre clou arrivera au niveau de mon pectoral, et par instants il s’enfoncera, et alors je perdrai mes moyens, à chaque pique de votre clou sur mon pectoral je ne pourrai pas m’empêcher de me demander  où sont dissimulés vos autres piercing, car il est rare paraît-il qu’on n’en ait qu’un, vous en avez évidemment d’autres sur le corps, et moi dès que j’aurai posé la main sur votre taille je ne penserai plus qu’à ça, à ces frottements que vous ressentez intimement du fait de ces autres piercing que personne ne voit mais qui, dans les mouvements de la danse, éveillent en vous ceci et cela, oui Mademoiselle c’est une pensée indiscrète, et même obscène, voilà, voilà, voilà pourquoi je reste tassé sur ma chaise tassé comme un gros tas minable coupable, lève-toi, minable,  bouge de là, va en inviter une autre, au moins, ça te rafraîchira la cervelle, peut-être…

Musique et danse…

 

 

28 - Dialogue au-dessus de la piste, Danièle et un homme.

 

Danièle - Vous êtes le premier homme qui m’invite depuis au moins quatre ans…

Homme - Ah bon ? Vous n’avez pas dansé depuis quatre ans ?

Danièle - Si, bien sûr je danse, mais c’est toujours moi qui invite.

Homme - Ah bon ?

Danièle - Oui.

Homme - Si j’avais su…

Danièle - Quoi ?

Homme - Je ne vous aurais pas invitée. Je n’aime pas les femmes qui invitent. Il ne faut pas que la poule chante le coq.

Danièle - Vous me répétez ça s’il vous plaît ?

Homme - Il ne faut pas que la poule chante le coq.

Danièle - Formidable…

Homme - Pardon ?

Danièle - Formidable, formidable ! Enfin ! Enfin un dur, un pas honteux, un à visage découvert, un vrai de vrai !… Il ne faut pas que la poule chante le coq… c’est bien ça ?… Il ne faut pas que la poule chante… l’expression est jolie… délicate…

Homme - Elle se fout de moi ?

Danièle - Mais non pas du tout…

Homme - Attention je vous lâche, moi, hein, je vous lâche…

Danièle - Oh oui, oh oui, lâchez moi, je vais m’empresser d’aller propager la bonne parole… Il ne faut pas que la poule chante le coq… et merci, hein, merci…

 

Musique et danse.

 

 

 

 

 

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Imbécile que je suis - récit 

(éditions le Bruit des Autres, 2005)

Nous avions pris le métro, les stations défilaient, j'évitais de le regarder, je cherchais déjà le moyen, le plus sûr moyen de me débarrasser de lui. Une demi-heure après lui avoir dit Je vous héberge pour quelques jours, je l'aurais bien viré à grands coups de pied au cul.

Mais n'importe qui. N'importe qui à ma place aurait attendu, après s'être fendu d'une proposition aussi clairement bienveillante, que le type se décontracte un peu, qu'il manifeste, d'une quelconque manière, un rien d'humanité. Et ce rien ne venait pas.

Il n'est jamais venu.

Ou presque. Quand c'est venu c'était dirigé contre moi. Une interprétation de la globalité de mes mots, de mes gestes, erronnée, malveillante. Qu'est-ce que j'avais fait, moi, pour mériter ça?

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Lézardes, théâtre

(éditions Le Bruit des Autres, 1996)

(3eme époque, scène 2)

JULIETTE

Les imbéciles. Ils ne sont pas là. Et me voilà devant la porte. On n'est pas mal devant la porte. Ils ne pouvaient pas s'en douter. Les imbéciles.

Je me suis éloignée à temps. Je m'étais éloignée à temps.

Il n'était pas très beau à voir dans ce cercle de craie jaune. Il avait eu du mal à tracer ce cercle. C'est difficile, tracer un cercle à main levée.

temps 

J'ai vu cet homme se contenter de très peu pendant toutes ces années. J'étais curieuse de ça. De voir jusqu'où. J'étais intéressée.

Mais je lui donnais quelque chose en échange : il aimait que je raconte. J'ai inventé pour lui des hommes différents de lui. Ceux-là ne se contentaient pas de très peu. Ceux-là exigeaient et prenaient. Il aimait ces hommes. Il les admirait. Il m'écoutait passionnément. Ils posait de petites questions simples. Il voulait du détail, du concret. Je fournissais. J'y prenais goût. Et ça me gênait. J'avais tort. je ne savais pas. J'étais trop jeune.

Il n'était pas beau à voir, avec cette foule qui se massait autour de lui. Il était fragile et il était laid. Je m'y attendais, mais voilà : j tremblais. Comme lui. Je le regardais nu au milieu de la foule et je me rappelais comme il m'avait écoutée. Comme son attention me faisait transpirer.  J'étais trop jeune, je ne savais pas. Je croyais que ça me dégoûtait. Je croyais que j'avais honte. Je ne suis plus si jeune.

Temps

Au début, je pensais que ce nom de Napoléon me ferait rire longtemps. Je m'étais trompée. Très vite, c'était devenu naturel, je ne l'entendais plus, lui non plus. Ou bien nous l'entendions, ce nom, comme des chiens. Comme le chien entend son nom.

Elle déplie le mot épinglé à la porte, elle lit et sourit.

Temps. NOIR, lent.

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Commentaires (2)

1. Serina Loopie 28/09/2010

Est-ce un script, un monologue de quelque chose, je dois l'inclure dans monterm paper pour une utilisation future.

2. Lou82 (site web) 05/11/2012

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