Peintures et dessins 1999-2008

Travaux en cours

Ken ou l'homme divisé

(espèces d'aventures)

 épisode 3

    épisode 5

  épisode 6

 

Souliers et autres familiers. Série de 21 toiles.

voir dans mes extraits de textes : "pourquoi j'ai peint avec obstination mes chaussures et..." 

 

                   

 

LES SOULIERS DE MARTINE DRAI - vus par Eric Duyckaerts

Martine Drai propose une série de peintures réalisées au pinceau, avec de l’acrylique, sur des toiles identiques (41 X 33 cm), et qui représentent des paires de chaussures. Des paires de bottines, de mocassins, de tennis, d’espadrilles, de chaussons, de grolles, de tatanes, que sais-je ? de souliers… !

 

Thème

C’est un thème risqué : un imaginaire sombre accompagne l’histoire de la peinture de souliers vides. Le pathos n’est jamais loin de la peinture de souliers vides. Il y aurait une tristesse inhérente à l’évocation des millions de pas qui ont déformé ces auxiliaires soumis à notre trop fragile condition. Nos sœurs les bêtes n’ont pas besoin de souliers. On peut se refaire une idée de ce pathos au souvenir des cinq paires de souliers peintes par Van Gogh de 1886 à 1888.

Chez Martine Drai, le risque de pathos est déjoué avec légèreté. Ici, les chaussures, bottines, mocassins, tennis, espadrilles, chaussons, grolles, tatanes, … souliers, sont des familiers, paisibles comme sont parfois les chats. Ils sont domestiques. On les reconnaît comme chez soi, quand il y a plusieurs paires qui traînent près du lit ou du divan. C’est un des effets lié à la série des peintures. Une série de peintures de paires de chaussures renvoie à notre pratique de tous les jours : dans notre monde immédiat, les paires de chaussures sont plus ou moins nombreuses, en tout cas, il n’y en pas qu’une.

 

Motif

 Cette familiarité, cette domesticité n’est pas seulement liée à la série des peintures. Chacune d’entre elles existe pour elle‑même, grâce à la manière de peindre et, notamment, au cadrage. On sent une attention minutieuse au cas par cas, une attention de proximité. Pas de surplomb écrasant, pas de protocole rigide, pas de sévérité. Au contraire, Martine Drai exerce un regard cadré à des hauteurs différentes, selon des angles différents, à des distances différentes - selon chaque paire de chaussures. Comme si elle tournait autour. Le foyer du regard du peintre est au centre d’une sphère. Le regard du peintre pourrait se déplacer sur toute la sphère. Martine Drai choisit le lieu de son regard de peintre en fonction des caractéristiques de son objet et des chances qu’elle a de le « faire ressemblant ».

 On imagine Martine Drai arrangeant une paire de chaussures dans l’objectif du « faire ressemblant ». On l’imagine se déplaçant dans tous les sens pour trouver l’angle qui, en peinture, fera ressemblant. « Faire ressemblant », en peinture, est une drôle d’histoire trop longue pour ces notes‑ci. Le lecteur comprendra en se rappelant comment Edouard Manet faisait des asperges ressemblantes. Ou encore en pensant aux arrangements auxquels procédait Giorgio Morandi pour peindre ses volumes ressemblants. Ces indications nous orientent vers ce qui est essentiel dans ces peintures de Martine Drai.

 

Lumière et ombre

 Pour que les objets représentés soient visibles, il faut qu’ils soient éclairés et ils le sont conventionnellement, dans le sens de la norme académique qui veut que la source de lumière des objets représentés vienne d’en haut à gauche. Avec des variantes, comme quand la lumière hypothétique vient d’en face. L’éclairage conventionnel, la lumière hypothétique crée des ombres.

                            

                      

    

             

 

 On aborde ici un trait fondamental de ces peintures de Martine Drai, et, en conséquence, très difficile à caractériser. Que sont ces ombres ? Elles sont purement picturales. Elles « ne font pas ressemblant ». C’est comme si Martine Drai avait tracé leur contour et l’avait colorié en aplat. Ce sont des formes d’abord graphiques et ensuite picturales. Voilà pour la matérialité des choses. Ces ombres sont des formes pleines, complètes, arrêtées. On pourrait avancer que ces ombres sont des aplats organiques, un peu à la manière des formes de Hans Arp. Leur pure plasticité forme un contraste puissant avec le « faire ressemblant » des motifs de chaussures. Les ombres révèlent les chaussures dans un autre registre que celui dans lequel celles‑ci ont été peintes. Quel est ce registre ? On pourrait dire que c’est celui de l’auréole dans les peintures religieuses : l’aura est trop insaisissable pour que le peintre se limite à la laisser deviner ou n’y faire qu’allusion.

 La matérialité plastique de l’ombre dans ces peintures déplace le foyer du regard. On pensait  que c’était les objets, on s’aperçoit que c’est autre chose. Il y aurait une chaîne séquentielle qui se déclinerait : lumière – objet – ombre. Les chaussures seraient au centre ; la lumière les révèlerait ; l’ombre ne serait qu’une conséquence subsidiaire, un effet collatéral. Et c’est autre chose qui se passe ici. La lumière est hypothétique, comme il se dégage des fonds unis et de l’absence d’horizon. Les chaussures, dans leur réalisme, suffisent à indiquer a minima les éléments d’environnements qui font défaut. Les ombres sont ce qu’il y a de plus signifiants : elles tiennent le tout. Fort tendrement, à vrai dire. Cela vient des couleurs, de leurs tonalités réservées, des harmonies subtiles qui s’établissent entre les fonds unis et les ombres en aplat. Le dialogue entre la couleur du fond et celle des ombres est un dialogue complice. Si le mot n’avait pas été monopolisé par les théoriciens de la couleur, on devrait parler de complémentarité. Et chercher les mots qui désignent des couleurs qui ne sortent pas telles quelles du pot. Les scoliastes du Moyen Âge interdisaient de disputer des goûts et des couleurs ; on les suivra en pensant que c’est du nom des couleurs (ou des goûts) qu’il ne faut pas disputer. Sachons simplement que dans les peintures de Martine Drai, on n’est pas dans le système Rouge Vert Bleu, ni Cyan Magenta Jaune ; on n’est pas dans la Pop, ni dans le Flash. C’est une qualité contemporaine rare que développent les couleurs de la peinture de Martine Drai. Il fallait essayer de la nommer.

 Les peintures de souliers de Martine Drai peuvent être commentées sur les différents modes qui ont été abordés ici et sur bien d’autres encore. Une de leurs qualités est de laisser le commentateur insatisfait, car elles seront toujours au-delà de ce qu’on en pourra dire.

Éric Duyckaerts - Nice, le 21 juillet 2008

 

et voir encore le texte de Pierre Delayin : http://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0601141337.html

 

Vie mouvementée de mes gants de ménage 

             

 

feutre et crayon de couleur sur papier21cmx29x12

 

Indifférence absolue de mon chat Monday pour tout ce qui précède,

tout ce qui suit, et tout ce qui suivra...

 

                             

 

 

 

 

Hybrides - mines de plomb - 2005-2007 

Quarante-cinq dessins de petit format, mines de plomb. Une exploration des métissages possibles entre formes humaines, végétales, animales, et jouant de la verticalité du corps ou de l'horizontalité du paysage.

                                   

 

                                     

 

 

Exposition personnelle - Peintures et dessins - l'Imprimerie, Paris, 2000

                             

               "vignettes" - crayon sur papier - 93

 

 

Martine Drai - Concentrations, apparitions - texte de Renée Gailhoustet

"pas une ligne, si ténue soit-elle, qui n'ait sa qualité frissonnante" (René Crevel sur Paul Klee)

Au centre de gravité d'une feuille blanche, une vignette dense et étroite. Le dessin se referme sur lui-même et décrit avec précision un sujet fuyant, la circonvolution d'une coquille ou d'un schéma organique, un métal froissé ou l'éclat d'un caillou. Une forme tridimensionnelle surgit. Le papier la supporte plus qu'il ne la cerne. Il ne laisse divaguer aucun trait, il ne devient jamais espace, il ne s'introduit pas dans cette image qui, serrée comme un poing, ne déborde pas, ne se fond pas, ne communique pas et qui, sans porter aucune ombre, se dresse au-dessus d'une pure neutralité.

Plus tard, la feuille sera traversée par des nuages parcourus d'éclairs, supportera des montagnes arrondies entaillées par des torrents chaotiques. Les formes noires continues, errantes, dérivent sur le papier, dérivent du dessin vers la peinture. Leur matière n'est jamais opaque,la lumière s'infiltre et traverse une myriade de points, les ébrures approfondissent jusqu'à l'obscurité les parois au fond desquelleq brillent le feu ou l'eau. mais la main est bien là : une ligne de couleur, distraitement, enserre ces débordements. le dessin a retrouvé sa place. Il est encore présent dans les contours de ces vêtements qui surgissent sur les dernières grandes toiles, avec leur trait un peu tremblé, sans rupture ni reprise, leurs formes mouvantes contre le fond étale et dense, grsi-bleu ou ocre, et la lueur mate, la discrète apparition des efflorescences du pastel.

 

                       

      sans titre, 2000, fusains et crayons sur papier

 

 

     milieu devant, acrylique et pastel sur toile, 54x72cm

 

 

     

                                                 

                 le grand pantalon, la grande robe, acryliques et pastels sur toiles, 197x98 - 1999-2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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